• Publié le 28 Juin 2025
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Analyse économique de l’Accord de paix RDC-Rwanda : Stratégies pour la RDC face à la compétition rwandaise (Tribune de Katuala)

° L’accord de paix entre la RDC et le Rwanda comporte un volet clé « d’intégration économique régionale ». Il vise à renforcer la coopération pour stimuler le commerce, attirer les investissements, et réduire les activités illicites, notamment dans le secteur minier.

° Le lancement de ce cadre est prévu dans les trois mois après l’entrée en vigueur de l’Accord de paix, via un accord séparé. Il s’appuie sur la ZLECAF, la CIRGL et la CAE, visant à développer le commerce extérieur, attirer des investissements dans les minerais critiques, et promouvoir une exploitation responsable des ressources naturelles. La formalisation des chaînes d’approvisionnement minier (cobalt, coltan) permettra de réduire l’exploitation illégale, d’augmenter les recettes fiscales et de favoriser la transparence.

° Sur le plan bilatéral, la coopération porte sur :
- la gestion conjointe des parcs nationaux (tourisme, biodiversité),
- le développement hydroélectrique régional,
- la sécurisation des chaînes de minerais,
- la gestion du lac Kivu (méthane) pour produire de l’énergie, et
- la création de chaînes de valeur minières transparentes, avec des partenaires comme les États-Unis.

° Par ailleurs, des projets d’infrastructures (routes, ports, réseaux électriques) seront lancés pour améliorer la connectivité de l’Est, réduire les coûts logistiques et favoriser l’intégration régionale.

° Des mécanismes d’audit indépendants seront instaurés pour assurer la transparence, lutter contre la corruption, et garantir la traçabilité des ressources. Ces mesures visent à renforcer la gouvernance économique, attirer des investisseurs et réduire les risques liés à l’exploitation illicite.

° Ce cadre constitue une opportunité pour la RDC de mieux contrôler ses ressources naturelles, notamment dans le secteur minier. La formalisation des chaînes d’approvisionnement permettra d’augmenter les recettes fiscales et d’attirer des investissements étrangers.

° Le défi majeur pour la RDC est d’éviter que le Rwanda, avec ses infrastructures avancées et son économie structurée, ne prenne une avance décisive. Pour cela, la RDC doit agir sur 3 axes principaux :

1. Renforcement des capacités structurelles:
- Gouvernance et institutions : Créer une agence dédiée à la gestion des ressources minières, renforcer la lutte contre la corruption grâce à des audits indépendants, et former des experts locaux pour négocier des partenariats équitables.
- Harmonisation des politiques : Alignement avec la ZLECAF et la CAE, participation active aux forums régionaux, pour peser dans les négociations.

2. Renforcement des capacités logistiques :
- Infrastructures : Investir rapidement dans les routes, ports (notamment Matadi), réseaux électriques, avec le soutien de financements internationaux.
- Traçabilité et logistique : Acquérir ou développer des systèmes numériques pour suivre les minerais, créer des centres logistiques dans l’Est, et moderniser le matériel (drones, véhicules).
- Autonomie technologique : Former du personnel local, acquérir des équipements modernes pour optimiser la production et la gestion.

3. Anticipation et négociation :
- Contrôle des exportations : Utiliser la technologie pour éviter la fuite des ressources via le Rwanda.
- Partenariats équilibrés : Exiger des termes justes dans les projets liés au lac Kivu, à l’énergie, et aux infrastructures, tout en négociant des transferts technologiques.
- Renforcement des alliances régionales : Collaborer avec l’Angola, l’Afrique du Sud ou d’autres acteurs pour équilibrer l’influence du Rwanda.

Hon Katuala