• Publié le 4 Mai 2026
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J.I. de la Liberté de la presse : « un journalisme professionnel contribue à la paix en permettant aux citoyens de comprendre les enjeux réels », Pascal Mulegwa

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A l’occasion de la célébration de la Liberté de la presse, ce 3 mai. Le journaliste et correspondant de la RFI, Pascal Mulegwa a déploré, la fragilité dans la pratique du journalisme en RDC, tout en dénonçant les conditions risquées auxquelles sont confrontés les professionnels des médias. Il révèle que dans « chaque reportage réalisé en toute indépendance se cache l’ombre d’une crainte de représailles ». Cette situation réduit, selon lui, leur capacité réelle à enquêter, vérifier et publier sans crainte de représailles.

ECHO.CD : le monde célèbre la journée internationale de la Liberté de la presse, ce 3 mai. Comment décryptez-vous la pratique de cette dernière en RDC ?

PASCAL MULEGWA : La liberté de la presse en RDC est réelle dans ses principes, mais fragile dans sa pratique. Elle est garantie par la Constitution, et l’on observe un paysage médiatique dynamique, pluraliste, avec une diversité de radios, télévisions et médias en ligne. Cependant, cette liberté reste confrontée à des pressions politiques, interférences sécuritaires, précarité économique des médias, censure et autocensure.

À Kinshasa comme dans l’Est du pays, les journalistes travaillent dans des conditions risquées. D’un point de vue éthique, il faut reconnaître que la liberté de la presse ne se mesure pas uniquement à l’absence de censure officielle ou la fermeture des médias, mais aussi à la capacité réelle des journalistes à enquêter, vérifier et publier sans crainte de représailles. Sur ce plan, notre pays est encore en transition, en arrière. Derrière chaque reportage réalisé en toute indépendance se cache l’ombre d’une crainte de représailles.


ECHO.CD : Pour cette année le thème choisi est : “ Façonner un avenir de paix, de résilience et de développement durable ”. Pensez-vous que la manière dont l'exercice de la Liberté de la presse est utilisée en RDC peut rencontrer la thématique dans un contexte marqué par la guerre à l'Est ?

PASCAL MULEGWA : le thème me paraît générique mais implique une responsabilité particulière pour les médias. Dans un contexte comme celui de l’Est de la RDC, marqué notamment par les violences liées à des groupes armés comme le M23, la CODECO et la CRP, la presse ne doit ni attiser les tensions ni servir de relais à la propagande qu’elle émane du gouvernement ou des acteurs armés.

ÉCHO.CD : Quel rôle doit effectivement jouer la presse en cette période de guerre pour éviter d’être utilisée comme les canaux de communication ?

PASCAL MULEGWA : son rôle est double et connu de tous : Informer avec exactitude, même lorsque les faits sont complexes ou sensibles. L’autre rôle est d'éviter la désinformation, les discours de haine ou les simplifications dangereuses. Un journalisme professionnel contribue à la paix en permettant aux citoyens de comprendre les enjeux réels, au lieu d’être enfermés dans des récits partisans ou émotionnels. Dans le cas de la situation que traverse notre pays, on a l’impression que personne ne veut vraiment du journalisme.


ECHO.CD : La liberté consiste aussi à dire ce que l’autre ne veut pas entendre. Le cas des informations relatives à la rébellion du M23-AFC que vous relayez, parfois. Est-ce une façon de garantir votre posture de journaliste appelé à être au milieu du village au détriment du patriotisme ?

PASCAL MULEGWA : il faut être clair car j’ai comme l’impression qu’il se pose un sérieux problème de compréhension de la conception mythologique du de ce métier dans notre environnement de plus en plus menacé par des plumes mercenaires, le pouvoir de l’argent : le journalisme n’est pas une extension de la communication patriotique ou étatique. Le rôle du journaliste est d’être fidèle aux faits, pas à une ligne nationale ou émotionnelle.

Mais aujourd'hui relayez les informations de la rébellion est dans le contexte congolais considéré comme une manière d'encourager les rebelles à étendre leur action. Est-ce le cas ?

PASCAL MULEGWA : Relayer des informations sur ce qui se passe dans l’Est ne signifie pas soutenir les acteurs impliqués, mais rendre compte d’une réalité, des faits. Refuser d’en parler ou en parler de manière biaisée est une faute professionnelle. La formule « être au milieu du village » correspond justement à cette exigence : écouter toutes les parties, confronter les versions, vérifier les informations et contextualiser.

Le patriotisme est un concept que malheureusement la classe politique utilise pour enrôler la masse dans un narratif à sens unique. Ce patriotisme ne doit pas être confondu avec l’adhésion aveugle à un récit unique. Un journaliste responsable sert avant tout le droit du public à une information fiable et complète. En réalité, c’est la désinformation qui affaiblit un pays, pas le journalisme indépendant.


Propos recueillis par Henock Mukuna