Kinshasa : Jonathan Mazambi alerte sur les tensions entre les élus communaux et exécutifs nommés
Dans un entretien accordé à ECHO.CD ce 1er mai à Kinshasa, Jonathan Mazambi, conseiller communal élu de Ngiri-Ngiri, revient sur le rôle des conseillers communaux, les obstacles rencontrés depuis leur installation, et les tensions institutionnelles avec les bourgmestres nommés.
ECHO.CD : Quel est le rôle d’un conseiller communal dans la gouvernance locale ?
Jonathan Mazambi :
Le conseiller communal est un élu de proximité, représentant direct de la population au sein du conseil communal. Notre mission principale est le contrôle de l’action de l’exécutif local, notamment en matière de gestion administrative, financière et patrimoniale. Nous devons garantir que les décisions prises au niveau communal servent réellement les intérêts de nos concitoyens.
ECHO.CD : Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez depuis votre élection ?
Jonathan Mazambi : Notre travail se heurte à plusieurs difficultés : l’absence de rémunération pendant toute l’année 2024, le manque de locaux adaptés pour les séances du conseil, et surtout, des tensions institutionnelles avec les bourgmestres nommés.
Il y a un paradoxe regrettable : alors que nous avons été élus au suffrage universel indirect, les exécutifs communaux, eux, sont issus d’ordonnances présidentielles. Cela crée une cohabitation parfois conflictuelle, surtout quand certains bourgmestres refusent de reconnaître notre légitimité.
Depuis peu, nous constatons une volonté politique d’amorcer une prise en charge effective. C’est un premier pas, mais nous restons vigilants. Quant aux conditions de travail, elles restent précaires. La majorité des conseils communaux siègent encore dans les mêmes bâtiments que les maisons communales, faute d'infrastructures dédiées.
ECHO.CD : Quelle est la place des conseillers communaux dans la prise de décision ?
Jonathan Mazambi :
Notre rôle est consultatif et délibératif, mais essentiel. Nous ne décidons pas seuls, nous encadrons. Nous adoptons des décisions locales, souvent à l’initiative de propositions émanant de nos collègues ou de la population.
À Kinshasa, nous sommes 256 élus à faire entendre notre voix. Ensemble, nous avons établi un cadre de concertation qui affirme clairement que, même si les bourgmestres sont nommés, ils doivent rendre compte à des élus légitimes. Refuser ce dialogue revient à nier la démocratie locale.
ECHO.CD : Comment défendez-vous concrètement les intérêts des citoyens ?
Jonathan Mazambi :
En proposant des décisions locales adaptées aux réalités de terrain. À Ngiri-Ngiri par exemple, j’ai déposé une proposition de décision sur la régulation des nuisances sonores, en réponse à des plaintes récurrentes des habitants. Une fois adoptée par le conseil, cette décision est transmise à l’exécutif communal pour application.
Nous faisons aussi des recommandations sur l’état des routes, la salubrité, l’organisation des marchés, etc. Ces propositions viennent du terrain et sont débattues en plénière.
ECHO.CD : Quel est votre rôle en matière de finances communales ?
Jonathan Mazambi :
Nous avons une mission cruciale de contrôle budgétaire. À titre personnel, j’ai proposé la création d’une régie financière communale pour centraliser les recettes et mieux encadrer les dépenses. Mais cette initiative rencontre des résistances, notamment de la part de certains exécutifs qui craignent de perdre leur marge de manœuvre. Pourtant, notre seul objectif est d’assurer une gestion transparente, efficace et au service des citoyens. La redevabilité ne devrait pas être perçue comme une menace.
ECHO.CD : Disposez-vous de moyens pour initier des projets concrets ?
Jonathan Mazambi :
Oui, dans les limites fixées par la loi. Chaque conseiller peut initier des propositions de décisions locales. Une fois adoptées, elles sont transmises à l’exécutif pour mise en œuvre. Toutefois, nous devons veiller à ne pas empiéter sur les compétences provinciales ou nationales. C’est un équilibre délicat à maintenir, mais essentiel au respect de l’État de droit.
ECHO.CD : Et concernant la planification urbaine et le développement local ?
Jonathan Mazambi :Nous avons un rôle de proposition et de délibération sur toutes les questions d’intérêt local : voirie, hygiène, gestion foncière, éclairage public, etc. Ces sujets sont débattus en conseil, et des recommandations sont faites à l’exécutif pour leur mise en œuvre. L’aménagement du territoire ne peut se faire sans la participation active des élus locaux.
ECHO.CD : Comment rendez-vous compte de votre action à la population ?
Par la transparence. Toutes nos délibérations sont publiques. Nos décisions doivent être affichées dans les communes et accessibles à tous. Mais surtout, notre proximité avec les citoyens reste notre meilleur atout. Nous les écoutons, les informons, et nous leur rendons compte régulièrement de notre action. C’est la base de notre légitimité.
Propos recueillis par Exaucé Lompema