RDC : L'économiste Trésor Bondonga identifie les causes de l’appréciation du franc congolais et propose une stratégie pour sa pérennisation dans les moyens et longs termes
Introduction
Outre les causes liées à la dépréciation du franc congolais, nous avons mis en évidence quelques propositions parmi tant d’autres qui trouvent leur fondement aux travaux tant structurels qu’institutionnels. Ces propositions portent sur le fait de limiter la dominance de la politique budgétaire sur la conduite de la politique monétaire, corriger la faible capacité d’absorption de l’économie congolaise, réduire la dépendance de l’économie congolaise à l’importation des produits étrangers et enfin dédollariser ladite économie.
I. Causes de l’appréciation du franc congolais
Le fléchissement du dollar américain sur le marché de change en République Démocratique du Congo résulte en premier lieu de l’opération de vente des devises à la hauteur de 50 millions de dollars entreprise par la Banque Centrale du Congo en date du 18 août 2025 dans le but de stabiliser la monnaie nationale. Cette intervention a permis d’éponger une grande quantité de la masse monétaire en circulation avec comme résultat à court terme l’appréciation du franc congolais par rapport au dollar américain.
Cet effort a été précédé par deux actions majeures de la part de l’autorité monétaire d’une part et du gouvernement d’autre part :
La Banque Centrale du Congo a, quant à elle, procédé à un ajustement du niveau des réserves obligatoires (12% pour les dépôts en franc congolais et 13% pour les dépôts en dollar américain) ;
Le gouvernement poursuit un resserrement budgétaire, notamment par la bonne gestion des échéances fiscales.
Par ailleurs, la Banque Centrale du Congo évoque un autre argument, du reste pas le moindre, pour justifier la poursuite de cette valorisation. Pour elle, le caractère continu de l’appréciation constatée du franc congolais face au dollar américain est également le fruit des anticipations des agents économiques ayant davantage relâché la poursuite de la détention de leurs devises en contrepartie du franc congolais, boostant non seulement la réserve mais octroyant à la Banque Centrale le moyen de rendre abondant le dollar américain sur le marché de change et par ricochet de valoriser la monnaie nationale.
Que peut-on envisager pour maintenir ce bel élan dans les moyens et longs termes ?
II. Propositions pour pérenniser l'appréciation monétaire en République Démocratique du Congo
1. Limiter la dominance de la politique budgétaire sur la conduite de la politique monétaire
Il est vrai que le policy-mix, c’est-à-dire la coordination de la politique budgétaire et monétaire par un État pour atteindre des objectifs macroéconomiques en l’occurrence de la croissance économique, la stabilité des prix, l’appréciation monétaire et autres, est une meilleure recommandation pour la mise en place d’une politique économique taillée sur mesure, mais le rapport de force entre les deux politiques demeure une contrainte à la meilleure mise en place de l'une ou de l'autre dans la mesure où la sensibilité des prix intérieurs dépend de l'état des finances publiques.
Par conséquent, l’existence d’un déficit budgétaire couvert par les avances de la Banque Centrale du Congo entraîne la hausse des prix sur les marchés (cfr. les modèles classiques). D’où, dans la plupart des cas, la stabilité observée du niveau général des prix demeure fonction d’une gestion rigoureuse des finances.
Le soutien d’une banque centrale à un gouvernement pour soutenir la croissance économique se fait uniquement à travers la promotion du crédit à l’économie, par le canal de l’ajustement du taux d’intérêt ou le coefficient de la réserve obligatoire, suivant l’état de l’environnement économique.
2. Corriger la faible capacité d’absorption de l’économie congolaise
Le problème de la faiblesse de la capacité d’absorption de l’économie congolaise est appréhendé en termes de faible niveau d’utilisation des ressources de l’économie, mieux l’inadéquation de l’offre des biens et services dans le marché à l’augmentation des flux de la demande.
Corriger cette situation exige de booster les investissements à la fois des secteurs primaires (au-delà du secteur minier, relancer le secteur agricole avec un éventail assez fourni des produits et assoir le secteur industriel à travers une bonne manufacture) non seulement pour relever la consommation intérieure, mais pour insuffler un vent nouveau au niveau des exportations, gage d'une capitalisation des devises.
Envisager en outre, l’émergence de structures de production et de consommation efficientes à travers une intégration spatiale des marchés, une répartition équitable de l’energie électrique entre villes et provinces pour une attractivité équilibrée des investissements directs étrangers et nationaux.
3. Réduire la dépendance de l’économie congolaise à l’importation des produits étrangers
La Banque Centrale du Congo, à travers ses instruments de la politique monétaire, a pour mission ultime de stabiliser le niveau général des prix. La réalisation de cet objectif suppose que les variations des prix trouvent origine dans l’ajustement du niveau de liquidité de l’économie par cette dernière.
Mais lorsque l’évolution des prix sur le marché est fonction de l’évolution des prix des produits importés, la marge de l’efficacité de la politique monétaire devient étroite. Dès lors, les coûts des produits réalisés à l’extérieur deviennent déterminants à la fixation des prix intérieurs. Il en est par exemple de la structure des produits composant l’indice des prix à la consommation en République Démocratique du Congo qui est dominée à plus de 80 % par les produits d’importation.
L’évolution des prix de ces produits importés et les coûts les affectant échappent à l’autorité monétaire. Le cas le plus récent susceptible d’illustration le plus ressenti est la crise alimentaire résultant de la guerre Russo-Ukrainienne depuis février 2022 qui a exercé un choc sur l’évolution de l’inflation et encore plus aiguë dans les pays en développement puisque généralement importateurs.
Arrêter l’hémorragie exige de la production exponentielle pour que le surplus soit affecté à l’exportation afin non seulement de rapatrier et de croître la réserve monétaire comme évoqué ci-haut mais aussi de donner encore plus de valeur à la monnaie nationale.
4. Dédollariser l’économie congolaise
La dédollarisation est mesurée en termes de dépôts bancaires, soit les dépôts des comptes libellés en monnaies étrangères dans les guichets des banques commerciales sur la totalité des dépôts. Elle est en moyenne autour de 85 % depuis 2011, et 95 % en termes de crédit à l’économie.
Quant aux autorités de poursuivre ce processus de remise en valeur de la monnaie nationale afin de redonner à ladite monnaie toute sa confiance comme intermédiaire des échanges, unité de compte et réserve de valeur.
Conclusion
La solution au problème de l’interactivité entre le taux de change et les prix en République Démocratique du Congo exige que ce dernier soit mieux appréhendé par les instances étatiques qui en répondent et doivent adopter des politiques qui s’inscrivent davantage dans les horizons de longs et moyens termes.
Celles-ci doivent reposer sur la réorientation des priorités du pays vers une production accrue et l’exportation des marchandises à forte valeur ajoutée et compétitives. De même, l’effort de rétablissement d’une véritable autorité de l’État permettra d’espérer obtenir des résultats significatifs.
Proposition de L'économiste Trésor Bondonga Ewanga