• Publié le 7 Avr. 2026
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TRIBUNE : Gouvernance publique en RDC – Quand l’absence d’états financiers révèle la faillite du système et impose le New Public Management

Les condamnations récentes de plusieurs mandataires des entreprises publiques par la Cour des comptes pour non-dépôt des états financiers ne sont pas de simples irrégularités administratives. Elles révèlent, de manière brutale, une crise profonde de gouvernance au sein de l’appareil public congolais.

Il faut avoir le courage de le dire sans détour : ce qui est en cause aujourd’hui, ce n’est pas seulement le manquement de quelques individus, mais l’échec d’un système de gestion publique devenu permissif, opaque et irresponsable.

Dans un État moderne, ne pas produire des états financiers relève d’une faute grave. En RDC, cela semble encore toléré jusqu’à ce que la sanction tombe. Cette culture de la négligence, voire de l’impunité administrative, est incompatible avec toute ambition de développement.

Comment prétendre attirer des investisseurs, mobiliser des financements ou parler de réforme économique, lorsque les entreprises publiques elles-mêmes échappent aux règles élémentaires de transparence financière ?

La vérité est simple : sans discipline de gestion, il n’y a ni crédibilité, ni performance, ni développement.

Face à ce constat accablant, continuer à gérer l’État avec des méthodes obsolètes serait une faute politique majeure. C’est pourquoi l’implémentation du New Public Management (NPM) doit être considérée comme une réforme de survie institutionnelle.

Le NPM ne se limite pas à une théorie. Il impose une rupture :
• rupture avec la gestion approximative ;
• rupture avec les nominations sans exigence de compétence ;
• rupture avec l’absence de résultats mesurables.

Il introduit une logique implacable : chaque gestionnaire public doit rendre compte, produire des résultats et être évalué.

Dans ce cadre, les mandataires publics ne seraient plus de simples animateurs administratifs, mais de véritables managers liés par des contrats de performance, soumis à des objectifs précis, évalués périodiquement et sanctionnés en cas de contre-performance.

La Cour des comptes, quant à elle, ne devrait plus intervenir uniquement après les dérives, mais s’inscrire dans un dispositif global de gouvernance où le contrôle est permanent, structuré et préventif.

Ce que nous observons aujourd’hui n’est que la conséquence logique d’un système qui ne valorise ni la rigueur, ni la performance, ni la redevabilité. Tant que ce modèle persistera, les mêmes causes produiront inévitablement les mêmes effets.

Il est temps de mettre fin à l’illusion d’un État gestionnaire sans exigences.
Il est temps de mettre fin à la banalisation des manquements graves.
Il est temps de responsabiliser réellement ceux qui dirigent nos entreprises publiques.

La RDC ne manque ni de ressources, ni de talents. Ce qui lui fait défaut, c’est un système de gestion moderne, rigoureux et orienté vers les résultats.

Le New Public Management n’est plus une option académique.
C’est une exigence politique.
C’est une urgence nationale.

Ne pas réformer aujourd’hui, c’est organiser l’échec de demain
Jacques Tshipamba Ntambwe
Consultant en marchés publics, Partenariat Public-Privé (PPP)
Chercheur en New Public Management