• Publié le 5 Aôut 2026
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Tribune : Analyse sur la situation politique en RDC (Aimé Gata-Kambundi)

Les leaders de la C64 viennent d'accepter de dialoguer avec le Président Félix Tshisekedi, ce qui les a obligés à annuler la marche qu'ils devraient tenir aujourd'hui, le 22 juillet 2026, à Kinshasa et partout en RDC. Par cet acte, ils ont été critiqués par une grande partie d'analystes et de politiques qui soutiennent l'opposition et qui se disent être déçus par cette position jugée laxiste vis-à-vis du pouvoir de Kinshasa.

Moi, contrairement à tous ces déçus, j'ai un point de vue contraire. L'objectif étant d'empêcher le Président Félix Tshisekedi d'exécuter un troisième mandat non prévu par la Constitution, je ne comprends pas pourquoi certains reprochent à la C64 d'accepter de dialoguer avec lui. S'il faut faire preuve de pragmatisme, qu'on le veuille ou non, c'est Félix Tshisekedi qui est au pouvoir actuellement. Les leaders de l'opposition doivent donc discuter avec lui pour faire avancer leur agenda.

Pour autant, même au cas où ces discussions ne se révélaient être déterminantes pour remplir l'objectif de l'opposition (donc pas de changement de Constitution), il n'en demeure pas moins que ce Dialogue, dans le cas où il serait organisé, va être pour le peuple congolais un premier cadre officiel qui posera clairement la question des élections à venir ainsi que celle des limitations du nombre et de la durée du mandat du Président de la République.

Quand on analyse froidement la situation, on comprend que Félix Tshisekedi a joué astucieusement. En proposant de convoquer ce Dialogue en ce moment précis, son objectif a été de mettre la classe politique de l'opposition devant un fait accompli. En réalité, il sait qu'il n'a pas trop de soucis à se faire avec les leaders de la C64 qu'il ne respecte d'ailleurs pas, les jugeant trop faibles.

En vrai, contrairement à ce que pensent certains, Félix Tshisekedi n'est pas (encore) inquiété par les marches organisées par la C64. Annuler ou pas celle d'aujourd'hui lui était inopérant car il est préoccupé par deux autres problèmes beaucoup plus importants à ses yeux. D'une part, c'est la grande pression qui vient de l'AFC-M23 qui a le vent en poupe et qui continue d'occuper des territoires jusqu'aux portes de la grande province de Katanga. Et, d'autre part, il se sent plus ou moins lâché par ses alliés et les autres chefs d'État de la région qui lui ont conseillé de ravaler sa fierté et de discuter avec l'opposition interne — non parce qu'il a peur de leurs actions — mais, pour avoir un semblant de cohésion nationale contre l'AFC-M23 et le Rwanda.

Ainsi, pour Félix Tshisekedi, proposer le Dialogue apparaît comme le seul moyen de faire d'une pierre deux coups. En somme, il compte manipuler la C64 tout en affaiblissant par la même occasion l'AFC-M23 en dressant toute la classe politique interne contre ce mouvement. L'objectif, pour lui, c'est de couper ce dernier de l'adhésion populaire de plus en plus perceptible dans notre pays et dans la diaspora. Et, à défaut d'atteindre cet premier objectif, Tshisekedi espère au moins semer la distraction à travers ce Dialogue pour gagner un peu de temps, en attendant que le pouvoir se réorganise en interne et sur les fronts diplomatiques afin de faire reculer l'AFC-M23 et permettre au Président de la République de reprendre sa toute-puissance légendaire, notamment sur la question de la Constitution.

La démonstration que je viens de faire montre que Félix Tshisekedi a joué non sans très bien calculer son coup. Cela conforte ma position qui est celle de dire que la réaction de la C64 est sage en ce qu'elle permet de bloquer Tshisekedi dans son propre jeu.La problématique posée est tellement importante qu'il vaut mieux pour la C64 d'adopter cette tactique du salami qui consiste à décomposer le pouvoir par petite tranche, jusqu'à ce qu'on obtienne l'engagement ferme d'inéligibilité de Félix Tshisekedi à la prochaine présidentielle.
Contrairement à ce qu'affirme une grande partie d'analystes, moi j'estime, pour avoir donné son accord à participer au Dialogue, que la C64 a pris de l'ascendant sur le pouvoir. Si, aujourd'hui, le Président de la République annulait l'organisation de ce Dialogue, il sera, lui-même, fragilisé aux yeux de l'opinion congolaise et de ses alliés qui le tiennent déjà pour versatile dans bien de cas.

C'est maintenant aux leaders de la C64 de ne pas se compromettre, de jouer avec le temps et surtout de rester constants et intraitables quant à l'impossibilité de changer la Constitution (qui doit être présentée comme la ligne rouge à ne pas dépasser). Plus les jours vont passer, si la C64 est conséquente dans sa démarche et qu'elle continue à offrir des garanties de bonne foi pour participer au Dialogue, c'est Félix Tshisekedi qui sera mis au pied du mur. Je plains donc ses soutiens qui se moquent de la position des leaders de la C64. Le temps se chargera de les remettre à leur place. Le seul problème c'est que les leaders de la C64 doivent rester constants. Là aussi nous n'avons malheureusement aucune garantie.

Cependant, une autre question reste pendante : que faire si l'opposition (C64) n'arrivait pas à obtenir, par le Dialogue, cet engagement de non-éligibilité de Félix Tshisekedi à la présidentielle ?


En ce qui me concerne, la réponse à cette question est simple. S'il n'y a pas « deal » sur ce point, la C64 nous aura au moins aidé à cristalliser la mauvaise foi réelle du pouvoir de Kinshasa, ce qui pourrait être un carburant à utiliser pour retourner dans la rue, en compagnie de l’église catholique et des autres leaders politiques anti-changement de la Constitution pour exiger, sans ambages, le départ de Félix Tshisekedi du pouvoir car il deviendrait, sans nul doute, le point de blocage et le « plus petit commun diviseur » du pays. Et c’est précisément là qu’il aura réellement peur des marches qu’organisera l’opposition en interne, et surtout si tout cela se passe après le terme de son mandat (2028).

Je profite de ces lignes pour appeler les autres composantes de l’opposition à faire preuve de sagesse et de maturité. Depuis 48 heures j’ai vu plusieurs publications des cadres de « Sauvons le Congo » contre les leaders de la C64. Cette communication de fragilisation de l’opposition me semble totalement inopportune dans le contexte actuel. Si toutes les factions de l’opposition poursuivent réellement le même but (à savoir empêcher Félix Tshisekedi de faire un troisième mandat prohibé), pourquoi adopter une approche conflictuelle et concurrentielle ? Aujourd’hui il nous faut de la transversalité pour donner à chaque contingent oppositionnel la légitimité et la capacité de donner des coups au pouvoir de Kinshasa dans l’optique de l’affaiblir.

Pour finir, je ne saurais ne pas exprimer mes désolations aux Congolaises et Congolais qui me lisent. Je suis désolé de faire encore ces genres d’analyses en 2026. Après tous les débats que nous avions menés en 2016 contre le troisième mandat en faveur de Joseph Kabila, je ne pouvais pas imaginer que nous en serions encore là aujourd’hui. Alors qu’on pensait que le pays allait prendre une autre direction, nous voilà, 10 ans plus tard, à faire les mêmes échanges, avec les mêmes termes, gaspillant nos énergies et nos ressources qui peuvent bien contribuer à la production d’autres idées notamment sur le développement économique, la santé, l’agriculture, l’éducation de nos jeunes, l’enseignement de qualité, l’encadrement professionnel ... Bref, nous reculons chaque jour qui passe.

Congolais et congolaises,

Ressaisissons-nous très vite avant qu’il ne soit trop tard. Vivement surtout l’avènement d’un nouveau type de leadership vertueux et visionnaire pour la RDC. Cela passera par chacun d’entre nous - par toi aussi qui me lit. Choisis bien les gens qui doivent te représenter et qui doivent décider de l’avenir de ton pays.


Aimé Gata-Kambundi acteur politique