• Publié le 8 Mai 2026
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Kinshasa : Le Professeur Grace Muwawa préconise la nomination d'une administration militaire à la tête de la Ville

Kinshasa agonise sous le poids de l’insécurité, des embouteillages, de la nuisance sonore et de l’insalubrité. Face à l’échec de l’administration civile, cet article plaide pour un geste d’exception : décréter l’état d’urgence et confier la ville à un Gouverneur militaire. L’ordre comme antidote à la mort lente.

I. PROLÉGOMÈNES : VIVRE À KINSHASA, C’EST MOURIR TOUS LES JOURS

Il faut le dire avec la gravité du constat clinique : Kinshasa ne vit plus, elle agonise. La Capitale est devenue le théâtre d’une thanatopolitique diffuse, non déclarée, où chaque Kinois administre sa propre mort à petite dose :

- L’embouteillage n’est plus un simple ralentissement du flux : il est rétention de l’oxygène, nécrose du temps, infarctus de la volonté ;
- L’insécurité n’est plus un risque : elle est certitude ontologique du couteau et de la balle ;
- L’insalubrité n’est plus un désordre : elle est linceul olfactif qui recouvre la ville ;
- La route défoncée n’est plus un accident : elle est intention ;
- La nuisance sonore n’est plus un bruit : elle est torture acoustique permanente.
Nous accumulons. Nous accumulons le cortisol comme on accumule les sacs de sable devant l’inondation. Le stress devient sédiment. Il se dépose dans nos artères, calcifie nos espoirs, raccourcit l’horizon de nos vies. L’Organisation Mondiale de la Santé parle d’espérance de vie. A Kinshasa, il faut parler d’espérance de mort. Vivre à Kinshasa, c’est signer chaque matin un pacte avec la dégradation. C’est mourir tous les jours, par doses homéopathiques d’abandon.

La question n’est donc plus : « Que faire ? ». La question est : « Qui peut encore faire ? »

II. L’ÉCHEC DE LA POLIS : QUAND L’ADMINISTRATION CIVILE DEVIENT COMATEUSE

L’administration civile de Kinshasa souffre du syndrome de la main tremblante. Elle voit le mal, elle le décrit dans des rapports, elle le commente en colloques. Mais elle ne tranche pas. Le pouvoir municipal, fragmenté, clientéliste, capturé par les logiques de prédation immédiate, est devenu partie du problème. Il gère la désolation, il ne la combat pas.

Le droit commun est ici un protocole de soins palliatifs pour une ville en état de mort cérébrale. Les arrêtés du Gouverneur civil sont des ordonnances pour un cadavre. Les policiers de roulage sont des croque-morts qui organisent la circulation des corbillards que sont nos taxis, nos véhicules.

Face à la décomposition avancée du corps urbain, le bistouri normatif ordinaire ne suffit plus. Il faut le geste chirurgical d’exception. Il faut assumer que Kinshasa est en guerre : guerre contre elle-même, guerre de l’entropie contre toute forme d’ordre.

III. LE PHARMAKON MILITAIRE : L’ÉTAT D’URGENCE COMME CONDITION DE VIE

L’article 85 de la Constitution de la RDC du 18 février 2006 prévoit l’état d’urgence. Le constituant ne l’a pas inscrit pour orner le texte. Il l’a prévu comme extincteur. Kinshasa brûle. Il faut briser la glace.

Nous posons donc la thèse : le Président de la République doit décréter l’état d’urgence sur toute l’étendue de la Ville de Kinshasa. Paf conséquent :

Corollaire 1 : Nommer un Gouverneur militaire

Seule la verticalité de l’ordre militaire peut briser la horizontalité de la négociation infinie et de la corruption. L’uniforme n’est pas ici symbole de répression, mais de discipline. Il est le rappel que la Cité est d’abord une caserne où l’on défend la vie. Le Gouverneur militaire est le médecin-réanimateur. Son mandat est simple : restaurer les fonctions vitales : circulation, sécurité, salubrité, la fin de la pollution sonore, par l’autorité et la contrainte légitime.

Corollaire 2 : Installer une administration de corps habillés

La voirie aux Génies militaires. La salubrité aux unités spécialisées. La police de roulage sous commandement unique et non corruptible. L’objectif n’est pas de militariser la société civile, mais de civiliser l’espace public par l’exemple militaire. L’ordre n’est pas une idéologie : il est la condition première de la respiration.

On objectera : « Danger pour les libertés ». Nous répondons : de quelles libertés parle-t-on ? La liberté de mourir étouffé dans un embouteillage à 5h du matin ? La liberté de se faire braquer à midi ? La liberté de patauger dans les immondices ? L’état d’urgence ne suspend pas la vie : il la suspend au-dessus du gouffre pour l’empêcher d’y tomber. C’est un paradoxe vital : restreindre pour libérer.

IV. Interpellation : choisir entre le désordre mortifère et l’ordre vital

Kinois, nous sommes les patients d’un hôpital sans médecins.

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, vous êtes le chef du service des urgences. Chaque jour sans décision est une ordonnance de mort signée par omission. Chaque embouteillage de 5 heures est une chimiothérapie qui tue les cellules saines de notre courage. Chaque enfant qui grandit dans le bruit et la poussière voit son cerveau amputé de 10 points de QI. C’est scientifique. C’est mesurable. C’est un crime démographique.

Il faut donc choisir. Choisir entre la liturgie de l’impuissance et l’acte d’autorité. Entre la gestion de la désolation et la proclamation de l’urgence. Entre la mort lente, administrative, quotidienne, et la possibilité d’une vie.

Kinshasa ne demande pas la démocratie aujourd’hui. Elle demande un défibrillateur. Elle demande l’ordre. Elle demande de cesser de mourir tous les jours. L’histoire jugera. Mais les morts, elles, ne jugent pas. Elles s’accumulent. En silence. Dans le stress. Dans l’inconfort. Dans l’indifférence.

Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, l’histoire ne vous jugera pas sur les discours, mais sur le geste qui arrête l’hémorragie. Kinshasa n’a plus besoin de promesses ; elle réclame un acte chirurgical. Je vous invite, personnellement, solennellement, à décréter sans délai l’état d’urgence sur l’étendue de la Ville de Kinshasa. Nommez un Gouverneur militaire. Entourez-le d’une administration d’hommes et de femmes en uniforme, incorruptibles parce que disciplinés. Confiez-leur une seule mission, claire et non négociable : restaurer l’autorité de l’État et remettre de l’ordre dans la ville. Rétablir l’ordre, c’est rendre la respiration. C’est rendre le droit de ne plus mourir tous les jours. L’encre de cette ordonnance sera le premier antidote à notre désolation.

Que l’ordre cesse d’être un mot pour redevenir un fait.

J’ai dit.

Grâce MUWAWA L.,
Docteur en Droit
Professeur d’université
Avocat au Barreau de Kinshasa/Matete
Citoyen kinois d’origine